Article 47 - L'ubérisation du nettoyage : une menace pour les entreprises et les travailleurs
Pourquoi nous défendons les entreprises de nettoyage face à la montée des plateformes. Plateformes, autoentrepreneuriat et sous-traitance : quelle direction voulons-nous donner au secteur ?
Depuis plusieurs années, un discours s'est installé dans de nombreux secteurs d'activité : il suffirait de devenir indépendant pour devenir entrepreneur.
Dans le nettoyage, cette idée a séduit des milliers de professionnels. Créer sa micro-entreprise, trouver quelques clients, acheter du matériel et commencer à travailler.
Sur le papier, la promesse est séduisante. Dans la réalité, beaucoup découvrent rapidement qu'ils n'ont pas créé une entreprise. Ils ont simplement créé leur propre emploi.
Sommaire de l'article
Navigation rapide : cliquez sur un chapitre pour y accéder directement.
- Chapitre 1 : Créer sa micro-entreprise ou créer son propre emploi ?
- Chapitre 2 : Le problème n'est pas le statut de micro-entrepreneur
- Chapitre 3 : Les plateformes et la disponibilité permanente
- Chapitre 4 : Une pression considérable sur les prix
- Chapitre 5 : Qui porte la responsabilité ?
- Chapitre 6 : La vision Econeto - construire de vraies entreprises
- Conclusion
Créer sa micro-entreprise ou créer son propre emploi ?
Ils travaillent parfois 50, 60 ou 70 heures par semaine. Ils réalisent eux-mêmes les devis. Ils répondent au téléphone. Ils effectuent les prestations. Ils gèrent les factures. Ils relancent les impayés. Ils assurent le service après-vente.
Et lorsque leur activité s'arrête, leurs revenus s'arrêtent également.
Être débordé n'est pas un modèle économique.
Travailler 60 heures par semaine ne fait pas de vous un chef d'entreprise.
Cela fait souvent de vous un salarié sans patron, sans congés payés, sans véritable protection contre les aléas de l'activité et avec une retraite future qui risque d'être bien loin des promesses parfois véhiculées lors du lancement.
Le problème n'est pas le statut de micro-entrepreneur
Le problème n'est pas le statut de micro-entrepreneur. Ce statut constitue une excellente porte d'entrée vers l'entrepreneuriat.
Le problème apparaît lorsqu'il devient une destination finale.
Une entreprise ne se construit pas uniquement avec du temps de travail. Elle se construit avec :
- Des méthodes
- Une organisation
- Des investissements
- Une stratégie commerciale
- Des outils
- Des bénéfices qui permettent de préparer l'avenir
Les plateformes et la disponibilité permanente
Aujourd'hui, une autre tendance nous inquiète. Partout apparaissent des plateformes dont l'objectif est de mettre à disposition des entreprises une main-d'œuvre indépendante mobilisable à la demande.
Un remplacement à effectuer demain matin ? Une mission urgente ? Une absence de dernière minute ? Quelques clics suffisent pour trouver un intervenant.
Présentée comme une innovation, cette logique nous semble pourtant participer à une transformation profonde du marché.
L'entrepreneur n'est plus encouragé à développer son entreprise.
Il est encouragé à devenir disponible.
- Toujours disponible
- Disponible lorsqu'une plateforme l'appelle
- Disponible lorsqu'un donneur d'ordre a besoin de lui
- Disponible lorsqu'une mission apparaît
- Et remplaçable dès qu'un autre accepte de travailler moins cher
Une pression considérable sur les prix
Cette mise en concurrence permanente exerce une pression considérable sur les prix.
Lorsque des centaines ou des milliers de travailleurs indépendants sont placés dans un même système de mise en relation, la conséquence est souvent prévisible : les tarifs baissent, les marges diminuent et la valeur du travail se dégrade progressivement.
Les premiers touchés sont les indépendants eux-mêmes. Mais les entreprises structurées sont également impactées. Celles qui :
- Investissent dans leurs salariés
- Forme leurs équipes
- Achètent du matériel performant
- Souscrivent les assurances nécessaires
- Respectent leurs obligations sociales
- Embauchent
À force de tirer les prix vers le bas, c'est tout un secteur qui s'appauvrit.
Qui porte la responsabilité ?
Et chacun porte une part de responsabilité :
- Les plateformes qui organisent cette mise en concurrence permanente
- Les donneurs d'ordres qui recherchent systématiquement le tarif le plus bas
- Les acteurs qui valorisent davantage la disponibilité immédiate que la qualité, l'expérience ou la pérennité des entreprises
La vision Econeto - construire de vraies entreprises
Chez Econeto, nous défendons une vision radicalement différente.
Nous croyons que l'avenir du nettoyage ne repose pas sur une armée d'indépendants isolés, dépendants des algorithmes ou des plateformes pour trouver leur prochaine mission.
Nous croyons à l'entreprise. À la vraie entreprise. Celle qui :
- Construit une clientèle
- Investit
- Recrute
- Forme
- Développe sa marque
- Génère suffisamment de bénéfices pour préparer l'avenir
Depuis 2013 nous développons des technologies et des services qui poursuivent un seul objectif : aider les professionnels du nettoyage à bâtir des entreprises solides :
- Des sites internet optimisés pour leurs clients récurrents et ponctuels
- Des outils de gestion développés pour gérer leur activité de nettoyage
- Des systèmes de devis automatisés
- Des solutions d'intelligence artificielle
- Des outils de suivi des interventions
- Des systèmes de pointage
- Des espaces clients
- Des solutions marketing
- Des annuaires spécialisés
- Une charte d'engagement
- Une centrale d'achat
Non pas pour remplacer l'entrepreneur. Mais pour lui permettre de consacrer davantage de temps au développement de son activité qu'à la gestion administrative.
Nous frappons du poing sur la table : la sous-traitance, OUI. L'ubérisation, NON.
Parce que la sous-traitance existe depuis toujours dans le secteur du nettoyage.
Lorsqu'une entreprise manque de capacité, intervient loin de son implantation ou a besoin d'une compétence spécifique, il est parfaitement légitime qu'elle fasse appel à une autre entreprise.
Le problème n'est pas la sous-traitance.
Le problème apparaît lorsque celle-ci est transformée en simple mise à disposition de main-d'œuvre à la demande, pilotée par des plateformes dont le modèle économique repose sur la mise en concurrence permanente des intervenants.
C'est précisément pour cette raison que nous développons actuellement, directement au sein du logiciel Econeto, une fonctionnalité de sous-traitance entre entreprises du réseau Econeto.
- Pas une marketplace.
- Pas une bourse aux missions.
- Pas un système où le moins cher remporte automatiquement le chantier.
Mais un outil permettant à de véritables entreprises de nettoyage de collaborer entre elles dans un cadre professionnel, traçable et structuré.
Concrètement, depuis une prestation, un donneur d'ordre pourra rechercher un sous-traitant par zone géographique, consulter sa fiche détaillée (SIREN, forme juridique, activités proposées, niveau d'engagement à la Charte Econeto), puis lui transmettre en un clic une demande complète comprenant les informations du chantier, les consignes d'intervention, les photos et les éléments nécessaires à l'établissement d'un devis.
Le sous-traitant recevra alors la demande directement dans son propre logiciel, pourra l'accepter, la refuser, répondre par un devis ou organiser l'intervention dans son planning.
Les comptes-rendus, photos et suivis d'intervention pourront ensuite être partagés entre les deux entreprises, avec un historique complet des échanges. Mais aucun lien de subordination, de la VRAIE sous-traitance sans d'abus de position dominante.
La différence est fondamentale.
D'un côté, un modèle où des travailleurs isolés sont mis en concurrence pour répondre à une mission ponctuelle.
De l'autre, deux entreprises identifiées, responsables, assurées et organisées, qui collaborent dans le cadre d'une relation commerciale clairement définie.
Nous ne croyons pas que l'avenir du nettoyage repose sur des plateformes capables de trouver un intervenant en quelques minutes.
Nous croyons qu'il repose sur des entreprises capables de travailler ensemble, de se renforcer mutuellement et de construire des relations durables.
Cette fonctionnalité est en bêta-test à l'écriture de cet article.
Notre vision : utiliser la technologie pour renforcer les entreprises, pas pour les tuer à petit feu et exploiter les auto-entrepreneurs déjà en situation de précarité.
Conclusion
Cette inquiétude d'Econeto ne relève pas seulement d'un désaccord sur un modèle économique. Un phénomène s'installe : l'ubérisation de la propreté. Des plateformes de mise en relation, des services d'achat de prospects, des systèmes de remplacement à la demande se multiplient. Présentés comme des outils pratiques, ils transforment en réalité la façon dont le travail est organisé, rémunéré et encadré dans le secteur du nettoyage.
Or, lorsqu'une plateforme oriente les missions, fixe les conditions d'intervention, contrôle la disponibilité des intervenants ou se place entre l'entreprise et la personne qui réalise la prestation, on entre dans une zone grise juridique inquiétante. D'un côté, le risque de requalification en lien de subordination : derrière le statut d'indépendant ou de micro-entrepreneur, la réalité du terrain peut révéler une dépendance économique et une direction du travail qui rappellent davantage un salariat déguisé qu'une véritable autonomie entrepreneuriale.
De l'autre, le délit de marchandage. Mettre à disposition, même indirectement, une main-d'œuvre pour le compte d'un donneur d'ordre, en agissant comme intermédiaire tout en contournant les obligations sociales et les responsabilités d'employeur, est une pratique réprimée par le droit du travail. Pourtant, certaines logiques de plateforme s'en approchent dangereusement : achat et revente de prospects, affectation de missions, pression sur les tarifs, remplacement immédiat d'un intervenant par un autre.
Ce n'est pas une simple évolution du marché. C'est une dérive que nous observons avec une réelle préoccupation. Car au-delà des conséquences économiques pour les entreprises de nettoyage structurées, c'est l'intégrité même du secteur qui est en jeu : respect du droit, protection des travailleurs, loyauté des relations commerciales et reconnaissance de la valeur d'un métier qui ne saurait se réduire à une mission ponctuelle disponible en quelques clics.
Parce que nous sommes convaincus d'une chose.
Le nettoyage mérite mieux qu'une économie de la mission ponctuelle.
Le nettoyage mérite mieux qu'une course permanente au prix le plus bas.
Le nettoyage mérite mieux qu'une génération de travailleurs indépendants condamnés à vendre toujours plus d'heures pour gagner toujours moins.
Le nettoyage a besoin d'entreprises fortes. D'entreprises rentables. D'entreprises qui investissent. D'entreprises qui embauchent. D'entreprises capables de transmettre leur savoir-faire.
Le gouvernement ne fera probablement rien face à ces dérives, ou le fera bien trop tard (pour changer). Il faut que les entreprises de nettoyage prennent leur responsabilité et agissent en premier, nous sommes tous Econeto et il faut agir ensemble dès maintenant. Dénoncez ces dérives sur les réseaux et agissez en conséquence.
Auteur :
|
Jonathan Poinas Passionné par les nouvelles technologies, j'ai eu la chance d'accompagner mon père lors de la création de sa société de nettoyage dès 2004 (que j'ai reprise en 2009). Alors gérant de la SARL Alpes Techniques Nettoyages pendant 8 ans (2009 à 2017), j'avais également d'autres projets (rénovation d'un appartement, investissement dans la bourse et plusieurs e-commerces). Il me fallait automatiser la gestion de ma société de nettoyage pour ne pas en être esclave. Nous avons donc cherché des logiciels et en avons essayé plus d'une trentaine, compliqués, inadaptés, trop chers... Ayant acquis une solide expérience dans le développement web (j'ai créé mon premier site internet en 2002 à l'âge de 14 ans), j'ai alors commencé le développement de mon propre logiciel sur mesure en 2012. Dès 2014 d'autres sociétés de nettoyage ont souhaité utiliser ces technologies : Econeto est né. Mon linkedin |
Nous allons régulièrement à la rencontre des adhérents du réseau Econeto :
Probiotech à Varces (38)
Eclat à Villefontaine (38)
Tedatout à Montargis (45)
Nebbiu Propreté à Poggio-d'Oletta (20)
Blog Econeto
Recevoir un devis de nettoyage :
Recevoir un devis de nettoyage :



